
L'Inde rend t-elle fou ?
C'est en tous cas ce que l'on pourrait croire en lisant Fous de l'Inde , un livre de Régis Airault, psychiatre français à l'ambassade de Bombay.
Aux travers de dizaines d'anecdotes, ce livre nous raconte comment des occidentaux, apparemment sains d'esprit et sans antécédents psychiatriques, ont perdu la raison et on basculé dans la folie en se rendant au pays des milles et une nuits.
Le principal syndrome qui touche ces voyageurs est une perte de contact, une déconnexion avec la réalité. En côtoyant la misère, la mort et l'indifférence, certaines personnes n'ont pas supporté la dureté de ce pays des extrêmes et ont finit par perdre « la boule » devant un tel choc des civilisations.
Bien sûr, beaucoup de ces voyageurs ont favorisé cette déconnexion par la prise massive de drogue. Ce qui en soit n'aide pas un homme à garder toute sa raison et sa pleine conscience.
L'auteur nous parle de ces gens qui, partis pour quelques jours en Inde, se sont retrouvés pendant des mois voire des années à errer dans le pays tel des zombies, sans buts et frôlant la dépression. Ainsi, certains d'entre eux auraient brûlé leur passeport et leur billet d'avion pour se perdre dans la masse et l'anonymat de cette gigantesque masse humaine qu'est le territoire indien. Serait-ce une façon inconsciente de se couper de son passé et d'oublier ce mal être qui règne en Occident ? Peut être bien.
Regis Airault aborde aussi le sujet des ashrams, ces sortes de communautés dirigées par un mentor, un gourou où l'on partage tout avec les autres membres. Ce mode de vie a d'ailleurs inspiré le mouvement hippie des années 60. Mais pour nous, ces communautés sont synonymes de sectes avec tous ce qui en découle : manipulation, pédophilie, racket.Il est vrai qu'il y'a de nombreuses dérives dans ces communautés qui ne sont pas toujours très « clean » mais elles ne sont pas forcément toutes néfastes. Pour exemple, Gandhi avait son ashram et c'était un lieu de partage, d'entre aide et de méditation. C'est là qu'il recevait tous ses amis du Congrès et que les plus grandes décisions de son mouvement vers l'indépendance ont été prises.
Et c'est donc naturellement que beaucoup de ces « deconnectés » se sont retrouvés dans ces communautés un peu contre leur bonne volonté, pour parfois finir dépouillés et encore plus perdus que jamais.
En tous cas, ce phénomène touche en grande majorité les adolescents et les jeunes adultes. L'auteur voit en cela une forme d'initiation, de rite du passage à l'âge adulte. Dans la littérature, l'Inde symbolise la rupture avec ses parents, avec son cocon. « L'Inde est un entre-deux mondes, loin du tumulte et des contraintes de notre quotidien, qui convient parfaitement à cette période de la vie qu'est l'adolescence ».
L'Inde est le pays de tous les fantasmes, de tous les extrêmes, de la beauté et de l'horreur. Ce pays a toujours fasciné les occidentaux depuis sa découverte.
L'Inde peut nous faire perdre nos repères, nous dépersonnaliser. Le choc est trop fort pour nous, occidentaux, habitués au luxe et à une relative tranquillité.
Pour tous ceux qui rêvent d'aller en Inde, ce livre fait un peu peur. Mais bon, il ne faut pas non plus généraliser ce phénomène, il ne touche pas tout le monde, du moins pas avec la même intensité. Si certains s'en reviendront « juste » choqués d'autres seront devenus schizophrènes.
L'Inde guérirait les fous et les dépressifs et rendrait fous et dépressifs les gens sains. Cette formule est un peu extrapolée mais l'auteur semble lui accorder une certaine véracité.
En tous les cas, pour rassurer tous les passionnés de l'Inde, sachez que tous ces troubles psychiatriques disparaissent aussi vite qu'ils sont survenus. Une fois rentré dans leur pays, les « malades » retrouvent vite leur état normal. Et encore plus troublant, ils ne rêvent que d'une chose : retourner en Inde !
Fous de l'Inde est un livre intéressant et anecdotique pour ceux qui aiment l'Inde. De plus il se lit facilement et avec plaisir. Je le conseille donc à tous ceux qui fantasment et s'interrogent sur ce fabuleux pays qu'est le sous-continent indien. En plus, il ne coûte que 6 ou 7 euros.
Régis Airault, Fous de l'Inde : délires d'occidentaux et sentiment océanique , Petite Bibliothèque Payot, 30 avril 2002.
P.J
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